Ecrire l’amour, est-ce vraiment si compliqué ?

J’ai toujours eu beaucoup de difficulté à écrire l’amour. Qu’il soit entre deux personnages que j’ai créé, ou en RP quand je me retrouve face à un partenaire qui désire entamer ce genre de relation, j’ai toujours eu ce sentiment de gêne intense, l’impression de me livrer à travers ce que j’écris. C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, j’ai essayé d’éviter à tout prix d’en rédiger. Je me sentais vulnérable, j’avais le sentiment d’ouvrir une porte sur moi, de laisser des inconnus comprendre ma vision des choses et faire face au jugement des autres. En général, j’ai eu et j’ai toujours honte de mes sentiments, de mon émotivité exacerbée, d’être submergée par tout ce qui se passe autour de moi.

Au final, c’est sans doute ce qu’il y a de plus beau, de se confier avec son récit. De faire passer des sentiments dans des mots, des tournures de phrases, des métaphores. Arriver à exprimer cette émotion autrement que par des gestes, le sortir de sa tête pour le mettre à plat et mieux le comprendre. Donc oui, c’est un exercice ardu, qui me demande beaucoup de temps de préparation, un silence complet dans lequel travailler et un support fixe. Cela peut prendre des jours, ne serait-ce que pour trouver la bonne idée qui sera LE déclic. Et c’est précisément ce que je vous propose : ma participation à l’événement de Saint-Valentin sur Les Terres d’Ezylone en février 2018. Le but était d’écrire une histoire d’amour fictive entre votre personnage et celui d’un autre membre du forum, ici Hétélia, un proche. Bonne lecture, et n’hésitez pas à me faire des retours.

Etendue sur son lit, Ailyn réfléchissait. Les journées s’enchaînaient sans véritablement lui laisser le temps de respirer, de trouver quelques minutes afin d’apaiser ses tourments. Ses idées s’emmêlaient, s’entrechoquaient parfois avec une violence rare, et elle profitait du silence qui berçait Mystarcia dans les alentours d’une heure du matin. Ses volets encore ouverts, la pâle lumière de la lune se posait sur sa hanche découverte, qu’elle caressa comme pour calmer ses douleurs. Souvent, elle oubliait que son corps ne pourrait soutenir éternellement ses escapades et lui ferait défaut si elle continuait à l’user. Se redressant avec une lenteur prononcée, la jeune femme prit entre ses mains le parchemin qu’elle avait arraché sur le chemin du retour. Elle qui se retrouvait à chasser des meurtriers, à slalomer entre sa vie d’artiste et les imprévus, ne rêvait à présent que de douceur et de tendresse.

Elle relut les phrases parsemées de taches d’encre plusieurs fois, comme pour se convaincre qu’il s’agissait d’une évidence, que la question ne se posait pas. « Grand bal annuel de Mystarcia, tenue de soirée obligatoire, sur invitation uniquement. Venir accompagner. ». Clair, concis, et malgré tout si compliqué. Des invitations, l’Ael pouvait aisément s’en procurer : elle avait tant rendu de services à Gaïa que la danseuse lui devait bien cela. Et la personne invitée ne faisait aucun doute dans son esprit, ce qui la chagrinait un peu plus encore. Comment persuader la belle à la chevelure de flammes de l’accompagner ? Ce bijou, cet écrin de timidité étincelant dans les ténèbres, persuadé de n’être qu’une tare alors qu’elle l’éblouissait bien plus que n’importe quel astre flottant dans les cieux. Ailyn aurait pu choisir la solution de facilité : l’inviter en prétextant qu’elle n’avait personne d’autre pour l’y accompagner. Mais cette unique pensée la fit grimacer.

Hétélia n’était pas n’importe qui. C’était une entité merveilleuse, un être au cœur fragile et aux doigts de fées, qui ne devait en aucun cas être brisé. Et l’idée même de lui mentir la faisait souffrir, encore plus à cause des limites stupides que la blanche s’imposait. Qui décidait de la véracité, de l’authenticité des sentiments ? La jeune femme ignorait tout de l’amour, ne connaissait que les romans où le prince venait récupérer une ingénue sur son cheval blanc. Pourtant, elle comprit avec facilité que cette dévotion pouvait prendre une pléthore de formes différentes, et c’est ce qui la rendait si gracieuse, si unique, si… magique. Posant ses doigts sur ses lèvres, mordillant un bout de peau qui dépassait, signe de sa nervosité flagrante, elle se décida enfin à allumer une bougie et à saisir sa plume pour la plonger dans le pot d’encre sur sa droite.

Sa main trembla pendant quelques secondes, et elle secoua la tête, envoyant valser sa chevelure immaculée en arrière. Elle ne reculerait plus. Qu’avait-elle à perdre, après tout ? Si elle venait à essuyer un refus… Ailyn se contenta d’avaler sa salive et de prendre son courage à deux mains.

Mademoiselle

Hétélia Weiss

Invitation Au Bal De Mystarcia

J’espère avant toute chose que tu te portes bien. Je n’émets aucun doute sur le fait que ta boutique se remplisse de jour en jour en prenant en compte toute l’étendue de tes talents. Pour ma part, je ne trouve que peu de temps pour me reposer, ce qui n’est pas pour me déplaire. Beaucoup de spectacles se préparent et je ne m’ennuie point, si ce n’est de ta présence à la capitale.

Je viens cependant vers toi pour une requête toute autre. Je joins à ce courrier une invitation au grand bal de Mystarcia, auquel je désirerais t’avoir comme partenaire. Je compte sur toi pour revêtir une de tes créations, je serais fort déçue dans le cas contraire. La joie de te revoir pourrait cependant combler cette contrariété, aussi, le choix t’appartient entièrement, bien que je ne puisse nier mon souhait. Je t’attendrais en début de soirée, aux portes de la ville.

Avec mes affections les plus sincères,

Ailyn.

L’Ael se relut plusieurs fois, son cœur fracassant les parois de sa cage thoracique. Tout semblait si maladroit, si enfantin, dans cette missive pourtant si courte. Elle respirait la candeur et l’embarras, tout en essayant de paraître autoritaire. Un sourire naquit sur les lèvres de la jeune femme. Si elle ne poussait pas Hétélia à venir vers elle, elle aurait aisément pu refuser son invitation, tout simplement par crainte de devoir danser devant tout le monde. Mais en la mettant en face de son désir de la retrouver, elle lui forçait quelque peu la main. Délaissant son bureau, elle plongea dans ses draps et s’enfouit dans les bras de Morphée. Le lendemain, elle aurait récupéré les invitations, et le courrier de son cœur s’en irait pour Ahriman.

Le jour J arriva bien plus vite qu’elle l’avait prévu, et c’est avec un cœur serré et une certaine appréhension qu’elle se rendit au point de rendez-vous. Vêtue d’une robe vert pâle moulante sur le haut du corps puis échancrée le long de ses jambes, elle se tenait sur de hauts talons blancs, claquant sur les pavés à chacun de ses pas. Sa chevelure était, pour une fois, ordonnée et tenue en un chignon travaillé, ou trônait comme un trophée, un ruban irisé. De temps à autre, Ailyn venait le replacer, comme pour vérifier qu’il n’avait pas disparu. Elle tenait à marquer le coup, et perdre un présent ne faisait pas parti de son programme. Proche des écuries, elle prit le temps de caresser l’échine de Pleya, comme pour distraire son propre esprit de ce qui l’attendait. Elle avait provoqué cette situation, et elle l’attendait avec impatience, tout en la redoutant paradoxalement. Un soupir s’échappa d’entre ses lèvres. Tout était si compliqué.

Quand elle reconnut la silhouette de la couturière, au loin, elle ne put s’empêcher d’afficher un sourire niais. Sa cavalière ne lui avait pas fait faux bond. Son cœur s’emballa, elle tritura ses mains, leva les yeux au ciel, tourna sur elle-même comme une enfant trépignant d’impatience face à un grand cadeau surprise. Elle souffla un grand coup. Sa peur ne devait pas se voir, autrement, elle en deviendrait contagieuse. S’approchant avec grâce de la belle rousse, elle la prit dans ses bras. « Je suis si heureuse que tu aies réussi à te libérer. J’imagine que ça n’a pas dû être facile. ». Gérer un commerce sans l’aide de qui que ce soit relevait de l’exploit, surtout pour quelqu’un d’aussi jeune. Ailyn décida de remplacer son angoisse par l’expression de sa reconnaissance et, prenant la jeune femme par le bras, elle l’entraîna vers l’immense salle de bal qui accueillerait les prestataires ainsi que les invités.

Apercevant Gaïa dans la foule, elle lui adressa un sourire courtois. Après tout, sans elle, rien de tout ça n’aurait pu se produire. Elle lui devait une fière chandelle. Se tournant à nouveau vers Hétélia, elle ne put s’empêcher de la taquiner. « J’espère que tu sais danser. Je n’ai pas daigné te poser la question avant, je trouvais ça plus amusant de te prendre au dépourvu. Ne m’en veux pas trop. ». Elle tapota son dos, un sourire espiègle sur le visage, et ce contact l’électrisa instantanément. Elle était splendide, dans une robe volatile dont la couleur écarlate sublimait encore plus ses cheveux. Une lumière évanescente, resplendissant dans le noir, une véritable étoile qui éclairait son chemin. Elle ne voyait qu’elle dans la foule, comme une évidence. Son sourire s’étendit, alors que la musique commençait. Elle avait bien fait de l’inviter. Personne d’autre n’aurait convenu.

La prenant par la taille, elle entama une valse, guidant Hétélia dans ses pas de danse peu aguerris, transportée par les voix, les instruments, mais surtout par celle qui se tenait dans ses bras. Elle sentait sa peau, son parfum doux et fleuri, parfois sentait une mèche de ses cheveux lui caresser le visage, savourait le rouge qui s’emparait de ses joues. Ailyn la dévorait des yeux. Elle se sentait complète. Elle voulut que la musique ne s’arrête jamais, que leur danse continue pour l’éternité. Approchant son visage du sien, hésitant, elle plongea son regard dans le sien. La couturière craignait le jugement, le regard des autres. Ce n’était un secret pour personne, sûrement pas pour l’Ael.

Tout en poursuivant la danse, elle l’entraîna discrètement en dehors de la salle, et s’arrêta dans un couloir éclairé par l’unique lumière de la lune, posant tendrement ses lèvres sur les siennes. Elle ne pouvait revenir en arrière à présent. Elle l’aimait, envers et contre tous, face au monde qui les dévisageait, aux Chimères qui viendraient les détruire. A ses côtés elle déplacerait des montagnes, accomplirait des miracles. Et cette seule idée lui donnait des ailes, lui insufflait un petit goût de paradis, qu’elle retrouvait chaque fois qu’elle croisait le regard de sa bien-aimée. « Reste auprès de moi… ». Comme un murmure, un supplice, Ailyn la serra contre elle une dernière fois, une larme entre le bonheur et la peur glissant sur sa joue.

 

▲ CRÉDITS : WLOP
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